Une page de journal tachée à l'écriture cursive tremblante
Lâches Page - BD NWGuide
Lâches Page Une page de journal tachée à l'écriture cursive tremblante - sur la base de données New World Guide of Lore
Nous étions sûrs de deux choses : premièrement, que nous voyagions dans la direction indiquée par notre guetteur encapuchonné, et deuxièmement, que c'était la même direction que celle du clocher qui sonnait fidèlement chaque soir. Nous allions plus tard être détrompés de ces deux notions.
Le clocher, avons-nous découvert, était un avertissement, une alerte, et je remerciai intérieurement les âmes courageuses qui avaient mobilisé une défense contre les dangers de la nuit. Sur cette île, cette sonnerie d'alarme était essentielle à la survie. Nous apprîmes à écouter sa complainte, à nous dissimuler du mieux possible jusqu'au lever du jour. Chaque nuit, nous survivions de justesse à des monstruosités qui semblaient sortir uniquement de nos imaginations. J'imaginais parfois que nous vivions un rêve collectif dont nous ne nous réveillerions jamais. Une nuit, nous nous étions blottis sous des branches de pin coupées avec la lance de Marten, fixant une femme à demi-tête qui flottait au-dessus de notre abri précaire. À mesure qu'elle s'approchait, une puanteur intense s'élevait, rappelant celle d'une très vieille tombe. Talbot gémissait si fort que je songeais à briser le cou de l'animal pour nous sauver. Mais après s'être attardé un instant, l'esprit avait fini par disparaître. Par une autre nuit, nous avions grimpé aux arbres, retardés par l'insistance d'Edward à emmener Talbot, juste à temps pour éviter des formes bestiales qui se glissaient entre les troncs rougeâtres qui agrippaient le ciel de leurs mains tordues et cloquées. Nous observions, le cœur de Talbot battant follement contre le creux de mon bras, tandis que les bêtes grognaient, ayant acculé une proie invisible. Ils poussèrent un son étrangement mélodieux et se jetèrent dessus dans l'obscurité. Un cri pitoyable retentit, incontestablement humain. Les trilles staccato s'affaiblirent, se poursuivant dans une terrible harmonie avec le déchirement humide et vorace des entrailles. Aucun de nous ne parla de cet événement par la suite. Vous croyez peut-être que nous entretenions des pensées nobles, telles que « nous aurions dû... », mais chacun pensait « si nous l'avions fait, ç'aurait été nous à sa place ».
Nous n'étions que des lâches pragmatiques. Nous n'avions guère plus que des armes de fortune. Satyre avait taillé un bâton avec le couteau de Marten pour en faire une lance rudimentaire. Marten avait ensuite attaché son couteau avec des lianes à l'extrémité d'un second bâton pour en faire une version plus durable. Nous avions aussi mon pistolet, bien que sa poudre ait été perdue depuis longtemps dans les mêmes eaux qui avaient simultanément détruit notre navire et notre fortune. J'ai gardé la crosse dépassant de ma ceinture et fait comme s'il pouvait encore tirer, car nous en étions maintenant à notre sixième jour sans nourriture et Marten et Satyre avaient commencé à discuter ouvertement de manger le chien d'Edward, Talbot.
